Les applis de running affectent-elles nos résultats et notre santé mentale ?
Par Raphaël Godard
Publié le - mis à jour le
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Elles sont partout. Sur nos téléphones, à nos poignets, dans nos poches. Les applis de running nous suivent pas à pas, comptent chaque kilomètre, chaque battement de cœur, chaque fraction de seconde. Grâce à elles, nous traçons nos progrès, nous repoussons nos limites, nous partageons nos exploits. Mais à force de tout mesurer, de tout afficher, de tout comparer… ne risquons-nous pas de perdre l’essentiel ? Et si ces outils, censés nous motiver, influençaient aussi nos performances… et notre bien-être mental ? On fait le point, sans tabou.
Des résultats plus visibles… donc plus motivants ?
Commençons par le côté positif. Pour beaucoup, les applications de running sont un levier de motivation puissant. Voir ses progrès, suivre son évolution, recevoir des encouragements ou des badges, tout cela donne envie de continuer. C’est une forme de renforcement positif : on court, on enregistre, on progresse. On a l’impression de mieux se connaître, de mieux contrôler son effort. Et c’est vrai : en mesurant ses performances, on apprend à structurer ses séances, à éviter les excès, et à ajuster son rythme. De quoi améliorer ses résultats, surtout pour les coureurs débutants ou en reprise.
Mais une pression constante à performer
Là où les choses se compliquent, c’est quand la performance devient une obsession. Quand chaque sortie doit être plus longue, plus rapide, plus impressionnante que la précédente. Les applis, en valorisant les chiffres, peuvent induire une forme de compétition permanente, y compris avec soi-même. Résultat : on court fatigué, blessé, ou en se comparant aux autres. Le plaisir s’efface, remplacé par la pression du "toujours plus". Le risque ? l’épuisement, la perte de motivation, et même des troubles liés à l’image de soi ou à l’échec perçu. Car courir 5 km sans chrono peut parfois être plus bénéfique que 10 km chronométrés sous stress.
Un impact réel sur la santé mentale
Les études commencent à le montrer : l’usage intensif de certaines applis de sport peut avoir un effet ambivalent sur la santé mentale. D’un côté, elles favorisent la régularité, le sentiment d’accomplissement, et parfois une meilleure hygiène de vie. De l’autre, elles peuvent entraîner une addiction aux données, une perte de plaisir, et une forme de dépendance au regard des autres (surtout si l’on partage ses performances sur les réseaux). Ce besoin de validation, combiné à la peur de "régresser", peut créer un stress inutile, voire un mal-être. S’entraîner pour se prouver quelque chose ou pour montrer quelque chose, ce n’est pas la même chose.
Courir pour soi : un équilibre à retrouver
La clé, c’est de remettre l’appli à sa place : un outil, pas un juge. Elle peut vous aider, vous guider, vous soutenir… mais elle ne doit pas diriger votre motivation. Si vous aimez regarder vos stats, parfait. Mais si elles deviennent une source d’angoisse ou de découragement, faites une pause. Essayez de courir sans montre, sans téléphone, juste pour le plaisir du mouvement. Laissez votre corps vous parler. Peut-être irez-vous moins vite… ou peut-être pas. Ce qui compte, c’est ce que vous ressentez, pas ce que vous affichez.
Astuces pour un usage plus sain des applis de running
Fixez-vous des objectifs réalistes, et surtout personnels. Pas ceux de votre appli ou de votre communauté.
Alternez des séances mesurées et des séances libres, sans pression de performance.
Désactivez les notifications ou les classements si cela vous stresse.
Évitez de courir uniquement pour "valider une séance" : votre corps n’a pas besoin d’un badge pour savoir qu’il a bougé.
Posez-vous régulièrement la question : est-ce que je cours pour moi ? Si la réponse est non, c’est le moment de réajuster.
Les applications de running ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Elles sont ce que nous en faisons. Utilisées avec modération, elles peuvent nous motiver, nous structurer, nous accompagner. Mais utilisées à outrance, elles risquent de nous fatiguer mentalement, de fausser notre rapport au sport et de nous éloigner du plaisir pur de courir. Alors oui, les applis peuvent booster nos résultats… à condition de ne pas courir uniquement après des données. Le plus important reste invisible sur l’écran : le souffle, l’élan, le plaisir. Et ça, aucune appli ne peut le mesurer à votre place.
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